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ENTEND-T-ON
LES CRIS
EN IMAGE

2026-03-16

Clémence Carel

Clémence Carel

© DORIAN LAFARGUE

© DORIAN LAFARGUE

© DORIAN LAFARGUE

ENTEND-T-ON
LES CRIS
EN IMAGE

2026-03-16

Clémence Carel

Comme devant un débat politique sans le son, un cri que l’on voit c’est un silence qu’on a du mal à lire sur les lèvres. L’image bugue on entend rien. Béance, bénéfice à l’a-production. Comme le bitume qui se craquelle sans que n’en jaillisse la racine coupable. Si la nature a horreur du vide, le regard en a le vertige. Fixer cinq secondes, dix secondes, le prurit démarre. Reste la déchirure de la face, la voie de la douleur aphone.

Un cri sans son fascine parce qu’un manque est à combler. Fascine aussi pour ce qu’il a de si étranger au regard du public, alors qu’omniprésent dans l’histoire de l’art. Le cri dans l’art c’est l’excès assuré, des icônes implorantes christiques ou romantiques. Une pinacothèque quelconque ou non aligne ces souffrances au paroxysme, imposant comme acquis le droit et l’ambition de le figurer. Au musée, les bouches bées deviennent motifs connus, figés, les mâchoires décrochées glissent vers l’imaginaire familier.

Et quel comportement étranger à l’ordre de la cité pourtant, que d’exposer le cri, et de demander l’attention au cri. On connaît bien l’impossibilité de comprendre, voire d’entendre la parole, la communication empêchée, le code inconnu, mais la voix ne connaît pas d’économie (ce valant dans un contexte transmedia de sociétés occidentales où résiste, un peu, une certaine liberté d’expression)(ce valant pour des voix privilégiées qui, dans ces mêmes sociétés, ont été dotées du droit, de la capacité conventionnelle, et des instruments concrets d’expression).

ENTEND-T-ONLES CRISEN IMAGE

Et quel comportement étranger à l’ordre de la cité pourtant, que d’exposer le cri, et de demander l’attention au cri. On connaît bien l’impossibilité de comprendre, voire d’entendre la parole, la communication empêchée, le code inconnu, mais la voix ne connaît pas d’économie (ce valant dans un contexte transmedia de sociétés occidentales où résiste, un peu, une certaine liberté d’expression)(ce valant pour des voix privilégiées qui, dans ces mêmes sociétés, ont été dotées du droit, de la capacité conventionnelle, et des instruments concrets d’expression).

Et quel comportement étranger à l’ordre de la cité pourtant, que d’exposer le cri, et de demander l’attention au cri. On connaît bien l’impossibilité de comprendre, voire d’entendre la parole, la communication empêchée, le code inconnu, mais la voix ne connaît pas d’économie (ce valant dans un contexte transmedia de sociétés occidentales où résiste, un peu, une certaine liberté d’expression)(ce valant pour des voix privilégiées qui, dans ces mêmes sociétés, ont été dotées du droit, de la capacité conventionnelle, et des instruments concrets d’expression).

Pourquoi cette banalité du cri dans l’art ancien, quand le contemporain le relègue au sensationnel, fabuleux, tableaux Pinterest privés, ou tendances emo – entendons les humeurs adolescentes ? Que veut dire de nous cette facilité tranquille à accepter ce commun dans le silence muséal, que seul un mansplainer vient régulièrement troubler ? sommes-nous serein.es de même face aux cris perçus en son, de par les médias ou de par les rues ? Le cri irl n’est pas christique ni romantique. Il contrarie l’état, ce qui est. Il n’est pas glamour. C’est celui qu’on ignore qu’on évite qu’on snobe : nokids space équivaut à noshouting space.

Parce que représentant la transgression du consensus de la quiétude civique, et étant par là un symbole social de l’opposition, le cri est convoqué, quasi cliché, dans l’art corporel et la performance. A l’extrême, politique face au poli et policé, le performeur Jérôme Grivel, hurle pour investir la fine frontière entre insupportable et transe ; piquer là où l'accoutumance prend, et elle prend toujours, comme lorsque, tous les jours, nous nous habituons au pire. Mais l’expression du pire sans son, en 2D, ne situe pas seulement le corps du spectateur au cœur de l’expérience-écoute du cri effectif. Il lui demande de regarder la figuration de quelqu’un criant, de reconstituer par un truchement synaptique l’idée de ce son, de le chopper pour l’intérieur comme un virus qui va soulever le cœur. Qui va doucement pourrir l’humeur. L’impression d’avoir entendu ce cri parce qu’il est logique de l’entendre frustre, elle ne s’en ira pas comme ça. Le cri en image ne s’entend pas, il phagocyte.

Parce que représentant la transgression du consensus de la quiétude civique, et étant par là un symbole social de l’opposition, le cri est convoqué, quasi cliché, dans l’art corporel et la performance. A l’extrême, politique face au poli et policé, le performeur Jérôme Grivel, hurle pour investir la fine frontière entre insupportable et transe ; piquer là où l'accoutumance prend, et elle prend toujours, comme lorsque, tous les jours, nous nous habituons au pire. Mais l’expression du pire sans son, en 2D, ne situe pas seulement le corps du spectateur au cœur de l’expérience-écoute du cri effectif. Il lui demande de regarder la figuration de quelqu’un criant, de reconstituer par un truchement synaptique l’idée de ce son, de le chopper pour l’intérieur comme un virus qui va soulever le cœur. Qui va doucement pourrir l’humeur. L’impression d’avoir entendu ce cri parce qu’il est logique de l’entendre frustre, elle ne s’en ira pas comme ça. Le cri en image ne s’entend pas, il phagocyte.

© DORIAN LAFARGUE

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