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ANNA
ATKINS
CYANOTYPES

2026-03-23

Grace Amados

Grace Amados

© Dorian Lafargue

(1) Cystoseira fibrosa
(2) Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions, Anna Atkins (British, 1799–1871), 1843–53, Cyanotypes © Gilman Collection, Purchase, The Horace W. Goldsmith Foundation Gift, through Joyce and Robert Menschel, 2005

© Dorian Lafargue

(1) Laminaria folium
(2) Portrait of Anna Atkins, albumen print, 1861

© Dorian Lafargue

ANNA
ATKINS
CYANOTYPES

2026-03-23

Grace Amados

Bien avant que les plantes ne deviennent un motif esthétique à part entière, Anna Atkins les observait, les classait et les faisait entrer dans l’image d’une manière nouvelle. Avec ses cyanotypes d’algues et de plantes, publiés dès 1843 dans « Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions », la botaniste anglaise invente une forme singulière, à la croisée de l’observation scientifique et de la production d’images.

(1) Cystoseira fibrosa
(2) Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions, Anna Atkins (British, 1799–1871), 1843–53, Cyanotypes © Gilman Collection, Purchase, The Horace W. Goldsmith Foundation Gift, through Joyce and Robert Menschel, 2005

Une femme de science dans un monde d’hommes


Anna Atkins, née en 1799, est la fille de John George Children, chimiste, minéralogiste et zoologue reconnu. Elle bénéficie ainsi d’une éducation rare pour une femme de son temps.


Très tôt, elle apprend à observer, à dessiner, à nommer. Elle grandit ainsi dans un milieu cultivé et privilégié, au cœur d’une Angleterre où les sciences se structurent et s’institutionnalisent mais restent largement dominées par les hommes.


La botanique constitue alors l’un des rares champs scientifiques accessibles aux femmes issues de la bonne société. Loin d’être un espace d’égalité, bien sûr, la botanique est un territoire toléré, où l’on peut collecter, classifier, illustrer, herboriser. Atkins y trouve un terrain d’étude, mais s’attèle à développer aussi une méthode. Elle ne perçoit pas vraiment le végétal comme quelque chose de décoratif mais y voit une réelle discipline à observer.


En effet, avant d’être regardée comme une artiste, Anna Atkins est d’abord une observatrice. Son travail d’herborisation et de classement repose sur la précision et la patience. Mais cette rigueur ne produit pas des images froides : elle donne au contraire à voir toute la finesse des formes végétales.

Le cyanotype, ou l’empreinte directe du réel


Ce qui fait basculer le travail d’Anna Atkins dans l’histoire de l’image, c’est le cyanotype. Ce procédé, mis au point au début des années 1840, produit des images bleu par contact direct.


Concrètement, le procédé consiste à poser un végétal (algue, fougère, fleurs, plantes) sur un papier sensibilisé à l’aide de deux solutions chimiques, puis à l’exposer à la lumière. Après rinçage, l’image apparaît en blanc sur fond bleu de prusse ou bleu cyan. L’image naît ainsi d’une rencontre physique entre le vivant et sa surface d’inscription. Les cyanotypes d’Atkins ne sont pas des représentations au sens classique : ce sont des empreintes. Le végétal n’est pas interprété par la main d’un dessinateur, il laisse directement sa trace. Il y a là une forme de vérité presque troublante. En cela, Atkins réduit au minimum la distance entre la chose observée et sa reproduction.


Mais cette fidélité n’a rien de froid ou sévère. Car le cyanotype transforme aussi le réel. Les algues deviennent silhouettes ou encore des constellations organiques. Les ramifications se découpent comme un dessin sur le fond bleu. C’est toute la force du procédé : enregistrer le détail scientifique tout en ouvrant un espace d’abstraction. Chez Atkins, l’exactitude n’abolit pas la poésie, elle en devient la condition.

ANNAATKINSCYANOTYPES

Le cyanotype, ou l’empreinte directe du réel


Ce qui fait basculer le travail d’Anna Atkins dans l’histoire de l’image, c’est le cyanotype. Ce procédé, mis au point au début des années 1840, produit des images bleu par contact direct.


Concrètement, le procédé consiste à poser un végétal (algue, fougère, fleurs, plantes) sur un papier sensibilisé à l’aide de deux solutions chimiques, puis à l’exposer à la lumière. Après rinçage, l’image apparaît en blanc sur fond bleu de prusse ou bleu cyan. L’image naît ainsi d’une rencontre physique entre le vivant et sa surface d’inscription. Les cyanotypes d’Atkins ne sont pas des représentations au sens classique : ce sont des empreintes. Le végétal n’est pas interprété par la main d’un dessinateur, il laisse directement sa trace. Il y a là une forme de vérité presque troublante. En cela, Atkins réduit au minimum la distance entre la chose observée et sa reproduction.


Mais cette fidélité n’a rien de froid ou sévère. Car le cyanotype transforme aussi le réel. Les algues deviennent silhouettes ou encore des constellations organiques. Les ramifications se découpent comme un dessin sur le fond bleu. C’est toute la force du procédé : enregistrer le détail scientifique tout en ouvrant un espace d’abstraction. Chez Atkins, l’exactitude n’abolit pas la poésie, elle en devient la condition.

Le cyanotype, ou l’empreinte directe du réel


Ce qui fait basculer le travail d’Anna Atkins dans l’histoire de l’image, c’est le cyanotype. Ce procédé, mis au point au début des années 1840, produit des images bleu par contact direct.


Concrètement, le procédé consiste à poser un végétal (algue, fougère, fleurs, plantes) sur un papier sensibilisé à l’aide de deux solutions chimiques, puis à l’exposer à la lumière. Après rinçage, l’image apparaît en blanc sur fond bleu de prusse ou bleu cyan. L’image naît ainsi d’une rencontre physique entre le vivant et sa surface d’inscription. Les cyanotypes d’Atkins ne sont pas des représentations au sens classique : ce sont des empreintes. Le végétal n’est pas interprété par la main d’un dessinateur, il laisse directement sa trace. Il y a là une forme de vérité presque troublante. En cela, Atkins réduit au minimum la distance entre la chose observée et sa reproduction.


Mais cette fidélité n’a rien de froid ou sévère. Car le cyanotype transforme aussi le réel. Les algues deviennent silhouettes ou encore des constellations organiques. Les ramifications se découpent comme un dessin sur le fond bleu. C’est toute la force du procédé : enregistrer le détail scientifique tout en ouvrant un espace d’abstraction. Chez Atkins, l’exactitude n’abolit pas la poésie, elle en devient la condition.

(1) Cystoseira fibrosa
(2) Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions, Anna Atkins (British, 1799–1871), 1843–53, Cyanotypes © Gilman Collection, Purchase, The Horace W. Goldsmith Foundation Gift, through Joyce and Robert Menschel, 2005

Du cyanotype au livre photographique du vivant


Chez Anna Atkins, les cyanotypes ne prennent pas seulement sens un à un : ils s’inscrivent dans un ensemble, celui des planches et des albums, où le livre devient un outil d’organisation, de transmission et de circulation du savoir botanique. Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions n’est donc pas un simple recueil d’images, mais un herbier photographique mis en livre, aujourd’hui considéré comme l’un des premiers livres photographiques.


Cet effort de classement n’a pourtant rien de rigide. Les compositions sont très travaillées, chaque algue étant disposée avec une attention extrême, presque mise en scène sur la page. La précision scientifique ne s’oppose jamais à la beauté formelle : elle passe par elle.


Grâce au cyanotype, Atkins peut multiplier les empreintes du vivant tout en conservant la dimension manuelle de leur fabrication. Chaque exemplaire, préparé et assemblé à la main, montre ainsi qu’à ses débuts la reproductibilité photographique relevait moins de la standardisation que d’une pratique lente, matérielle, où le multiple demeurait singulier.

(1) Laminaria folium
(2) Portrait of Anna Atkins, albumen print, 1861

Pourquoi son œuvre nous parle encore


Si Anna Atkins est aujourd’hui si souvent redécouverte, c’est parce que son importance ne tient pas uniquement à son rôle de pionnière mais parce que son œuvre résonne encore avec des préoccupations très actuelles : notre rapport au vivant, à l’archive, aux techniques lentes, à la matérialité des images. À l’heure du flux numérique et de la reproduction infinie, ses cyanotypes rappellent qu’une image peut encore être le résultat d’un temps, d’un geste, d’un contact.


Le cyanotype porte en lui quelque chose que notre époque recherche à nouveau : une fabrication visible, presque humble, où la beauté naît moins de l’effet que de l’attention. Chez Atkins, le végétal n’est jamais un motif décoratif au sens faible : c’est un sujet, presque une présence. 


Peut-être est-ce là que réside la puissance durable de son travail. Anna Atkins montre que l’on peut regarder une plante avec les outils de la science et lui laisser malgré tout sa charge de trouble.


Sources :

WALTHER, Peter, Anna Atkins. Cyanotypes, Cologne, Taschen, 2023.

GALIFOT, Thomas, « Anna Atkins », AWARE. Archives of Women Artists, Research and Exhibitions.

« Anna Atkins, pionnière méconnue du cyanotype célébrée dans un beau livre, Beaux Arts Magazine, 2023.

Pourquoi son œuvre nous parle encore


Si Anna Atkins est aujourd’hui si souvent redécouverte, c’est parce que son importance ne tient pas uniquement à son rôle de pionnière mais parce que son œuvre résonne encore avec des préoccupations très actuelles : notre rapport au vivant, à l’archive, aux techniques lentes, à la matérialité des images. À l’heure du flux numérique et de la reproduction infinie, ses cyanotypes rappellent qu’une image peut encore être le résultat d’un temps, d’un geste, d’un contact.


Le cyanotype porte en lui quelque chose que notre époque recherche à nouveau : une fabrication visible, presque humble, où la beauté naît moins de l’effet que de l’attention. Chez Atkins, le végétal n’est jamais un motif décoratif au sens faible : c’est un sujet, presque une présence. 


Peut-être est-ce là que réside la puissance durable de son travail. Anna Atkins montre que l’on peut regarder une plante avec les outils de la science et lui laisser malgré tout sa charge de trouble.


Sources :

WALTHER, Peter, Anna Atkins. Cyanotypes, Cologne, Taschen, 2023.

GALIFOT, Thomas, « Anna Atkins », AWARE. Archives of Women Artists, Research and Exhibitions.

« Anna Atkins, pionnière méconnue du cyanotype célébrée dans un beau livre, Beaux Arts Magazine, 2023.

© Dorian Lafargue

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